
Adieu Jaisalmer ! Réveil matinal pour prendre le bus de 6h en direction de Jodphur. Bus confortable et rapide, un miracle, seulement 4h30 pour parcourir les 285 KM qui séparent les deux villes.
L’arrivée à Jodhpur est bruyante et sale, comme dans beaucoup de villes indiennes, la quasi-totalité pour être honnête. Avec ses 84700 habitants, Jodhpur n’échappe donc pas à la règle. Pour éviter que mon chauffeur de rickshaw ne tente de me déposer dans « son » hôtel ou d’extorquer dans celui où je veux me rendre une commission, je lui demande de me déposer à la clock tower. De son air innocent, il m’interroge : « laquelle ? ». Encore un qui me prend pour une imbécile ! Je lui répond froidement et fermement qu’il n’y a qu’une tour dans cette ville et que s’il ne connaît pas mieux que cela sa ville, je préfère prendre un autre rickshaw. Effet immédiat, sa mémoire lui revient de suite et il se souvient très bien d’où est la seule et unique clock tower de la ville. Une bonne chose.
Cette ville fut fondée en 1459 par le prince du Marwar, Rao Jodha, héritier du clan des Rathore, qui, depuis le XIIIe siècle, régnait à Mandore. Il décida de fonder une nouvelle capitale qui porterait son nom : Jodhpur. Ses descendants régnèrent sur la ville ainsi que sur plusieurs autres états princiers rajpoutes. L'ancienne cité est ceinturée par un rempart de 10 km de long qui fut édifié un siècle après la fondation de Jodhpur. A l’extérieur de ces murs, la partie moderne de la ville est horrible mais une fois dans l’enceinte, son visage change. Beaucoup plus calme (enfin, cela reste l’Inde tout de même, donc c’est relatif) et agréablement animé.
Une fois installée dans un hôtel, je recharge mes batteries d’un bon thali puis vu la température, j’opte pour un tour au Umaid Garden, pas très loin. La route qui y mène est cependant extrêmement désagréable, sale, bruyante, puante, bref l’Inde sous son plus mauvais aspect. Le jardin en soit n’est en plus pas un vrai succès : peu d’arbres et donc d’ombre, pas une pauvre fleur, il sert autant aux familles venus trimballer leur ribambelles de gamins qu’aux miséreux SDF venus là pour y dormir. Une fois de plus, je suis la grande attraction du moment, mais qu’importe, je m’installe à l’ombre avec un bouquin pour laisser passer l’heure de grande chaleur.
Retour à la clock tower, point de repère et entrée principale de la vieille ville et depuis laquelle se répand le Sadar market, marché très animé et fréquenté où l’on y trouve absolument de tout.
Je m’éloigne de cette agitation frénétique et chaotique pour les ruelles plus calmes de la vieille ville : tortueuses et étroites, l’idéal pour les vider de rickshaw, seuls les vaches et les motos s’y fraient un passage. J’y fais quelques rencontres sympa, tel cet homme à l’air un plus simplet derrière ses lunettes épaisses qui m’emmène chez lui car depuis son toit il a une belle vue sur le fort –ce qui est très vrai. Avec sa femme, ils insistent malgré mes protestations pour m’inviter à grignoter quelque chose, en l’occurrence un de leur petit gâteau sucré délicieux et de la glace. J’ai beau tenter de refuser poliment la glace déjà à moitié fondue à peine sortie (ou avant même d’être sorti ?) du congèlo, je n’y coupe pas. Je sens bien qu’ils seraient peinés et offensés de mon refus. J’accepte donc avec le sourire finalement. J’ai confiance en mon estomac super résistant. Avant de partir, il me note sur un bout de papier des noms de quartier en hindi pour que je puisse demander facilement mon chemin, une gentille attention.
Un peu plus loin, c’est un nuée d’enfants qui me tombe dessus, tous voulant être pris en photo (c’est l’apogée du numérique mes amis) et j’entame une tournée des maisons, chacun voulant m’inviter chez lui, les adultes autant que les enfants. La encore, une des familles insiste pour que je mange. Ai-je l’air de souffrir de sous nutrition ? Cette fois, j’ai droit à ces fameux petits gâteaux sucrés, des cacahuètes épicés et des pommes coupées saupoudrées d’épices. J’aurais bien voulu échapper aux pommes non épluchées, mais avec 15 paires d’yeux fixés sur moi attendant que je mange leur « présents », c’est mission impossible malgré mes tentatives. Par contre, pour le verre d’eau, j’ai été ferme. Non catégorique, y’a des limites. Enfin, entre la glace et les pommes, si je suis malade demain, je saurais pourquoi ! Certaines de ces invitations sont désintéressées, d’autres moins. Je me retrouve à prendre des photos à leur demande, photos qu’ils souhaitent bien sûr que je leur envoi. Pas gagné pour tous.
Je poursuis ma route, me perdant dans ce dédalle de rues. Pas au sens poétique, mais au sens propre. Impossible de se repérer dans ces quartiers qui se ressemblent tous, aucun repère visible de la rue, sauf à monter sur un toit. Des toits, j’y vois du bleu partout, d’où le surnom de la ville, la citée bleue. Le bleu était à l’origine réservé pour les brama qui peignaient ainsi les murs de leur maisons mais beaucoup d’autres ont adopté le bleu, sensé éloigné les moustiques.
De retour à l'hôtel après une très longue marche, j'ai ma surprise du jour : une souris dans ma trousse de toilette ! Elle est mignonne comme tout mais elle m'a bien fait peur tout de même lorsque j'ai voulu attraper mon savon et qu'elle s'est affolée et s'est enfuie.
Lendemain dès l'ouverture, visite de l'Attraction Majeure de Jodhpur : le fort Meherangarh. Toujours propriété du maharaja de Jodhpur, Meherangarh, le Majestic Fort, mérite bien son nom. Perchée sur une colline à 125 m d'altitude, c'est la citadelle la plus impressionnante du Rajasthan. A l'intérieur du fort j’y découvre une succession de cours et de palais. Les appartements des palais portent des noms évocateurs tels que Sukh Mahal, ou palais des plaisirs, Phool Mahal, ou palais des fleurs. Ils abritent une jolie collection de pièces royales, dont plusieurs howdah (nacelles installées sur le dos des éléphants où les maharajas prenaient place lors des processions), des miniatures de plusieurs écoles ainsi que des salles d'armes, des palanquins, des meubles et des costumes. De la terrasse aux canons, on découvre une grande partie de la ville avec ses nombreuses maisons badigeonnées de bleu.
La bonne surprise de cette visite, c'est l'audio-guide. Ben oui, comme vous, j'avais pas mal de préjugés, surtout un audio-guide en Inde, y'a de quoi avoir de sérieux doutes sur la qualité. Mais là, non. Impressionnatif. Bien conçu, passionnant même, un plaisir de suivre ainsi la découverte de ce fort et les anecdotes annexes qu'il est possible d'entendre. J'y passe la matinée entière puis quitte ce lieu pour retourner déjeuner dans la fournaise de la ville. Et une pause à l'ombre bien méritée. |