
Après ma 1ère nuit en couchette dure, mes conclusions sont plutôt bonnes. Aucune raison de payer plus cher pour une "molle", les dures sont suffisamment confortables.
Arrivée matinale à Xi'An. Inutile de chercher où aller, des membres de l'auberge de jeunesse déploient tous les arguments possibles et inimaginables pour que je les accompagne. Je les suis donc ! Dans la voiture nous conduisant à l'auberge, je fais la connaissance d'Emma, une australienne en voyage depuis de très longs mois (années à ce stade !), avec qui je partage la chambre.
Nous partons ensemble à la découverte de Xi'An, capitale de la région Shaanki. Xi'an rivalisa autrefois avec Rome, puis Constantinople, pour le titre de "plus grande cité au monde". Pendant plus de deux millénaires, elle assista à l'ascension, puis au déclin, de nombreuses dynasties (plus d'une douzaine). Aujourd'hui ses monuments et ses sites archéologiques rappellent qu'elle fut jadis le centre du monde chinois.
Etape finale sur la Route de la Soie, Xi'An fut fortement influencée pour ses pensées culturelles, politiques et scientifiques par les moines bouddhistes et les émissaires musulmans.
Emma et moi décidons de nous rendre dès aujourd'hui à la très célèbre Armée enterrée des soldats de terre cuite, vieille de 2000 ans. Mise a jour en 1974 par des paysans creusant la terre à la recherche d'un point d'eau, l'Armée devint l'une des plus grandes découvertes archéologiques du 20e siècle. Incroyablement bien conservée et restaurée, cette armée souterraine de 6 000 guerriers et chevaux de terre cuite grandeur nature en formation de combat continue de veiller sur l'ancienne nécropole impériale.
Pénêtrant dans le premier bâtiment, je suis saisie par la grandeur du lieu (210m*60m, 10 murs tous les 3m, 11 rangées de soldats), l'incroyable quantité de statues et leur stupéfiante qualité. Chaque visage possède sa propre morphologie et expression. Impressionnant. Le corps et les membres des archers sont disposés selon des règles strictes respectant les livres sur l'art de la guerre, et nombre de statues tenaient à l'origine de véritables armes. Un traitement les ayant protégées de la rouille et de la corrosion, elles étaient encore aiguisées après 2 000 ans passés sous terre ! Je n'en reviens pas.
Avec une logique bien à nous, nous passons à bâtiment 3, contenant 68 guerriers, puis au deuxième avec ses 1000 soldats. La restauration n'a pas encore eu lieu dans ce dernier bâtiment et les soldats en morceaux jonchent le sol. De quoi appréhender avec force le travail absolument collosal d'excavation et de restauration de cette armée. Un travail minutieux et de longue, très longue haleine. Des décennies seront sûrement encore nécessaires, d'autant qu'il est sérieusement envisagé que beaucoup d'autres statues soient encore ensevelies.
Le site abrite aussi un musée, bondé de chinois (mais qu'ils sont nombreux et partout !) et une salle de projection d'un documentaire très instructif sur les guerriers et les recherches menées.
A la sortie, des dizaines de vendeurs de statuettes nous assaillent et nous proposent leurs camelottes à des prix sans cesse revus à la baisse face à notre indifference. Inutile de refuser, nos "non" ne sont pas pris tels quels.
Venues en bus public, nous repartons logiquement de même, ce qui prend pas mal de temps ; les bus ne sont pas de première jeunesse et nous ne risquons pas d'excès de vitesse...
De retour à Xi'An city centre, ballade dans ses rues suréclairées, puis nous dînons autour de vapeurs et de je-ne-sais-quoi aux épinards et à l'ail en ce qui me concerne.
Retour à l'hôtel et son salon très chaleureux et acceuillant pour des discussions voyageuses avec Emma, enthousiaste absolue sur la Mongolie. Une destination à envisager !
Le lendemain, nous consacrons la journée à la ville elle-même. En plein centre de Xi'An, la Bell Tower est une large construction datant du 14e siècle. La Drum Tower à proximité est son pendant indispensable. Cette 2e marque le début du quartier musulman où nous nous engouffrons. De la tour s'étale Beiyauanmen, belle rue restaurée abritant commercants et artisans. Les ruelles découlant de cette rue principale nous font pénêtrer dans la vie quotidienne de ce quartier, avec ses bouchers, ses beaux oiseaux dans des cages minuscules pour porter bonheur, ses fabriques d'huile de sésame et ses petites mosquées furtivement entr'apercues derrière de lourdes portes en bois les protégeant des regards inquisiteurs. La Grande Mosquée, elle, se fait plus visible. Normal, c'est l'une des plus grande du pays. Construite au milieu du 18e siècle, elle ne peut que me surprendre, habituée que je suis aux mosquées du monde maghrébin : elle est d'architecture chinoise ! La cour ressemble aux jardins de Suzhou et l'extérieur de la mosquée pourrait faire penser à un temple taoiste, les effrayantes statues en moins. Heureusement que le minaret est là. Impossible d'en voir plus, l'interieur est interdit au non-musulman. Qu'importe, nous filons au marché musulman expérimenter quelques grignotages qui feront offices de déjeuner.
L'après-midi, nos pas nous conduisent à Nan Men,la porte sud. Xi’An fait partie des quelques villes chinoises où les murs encerclant jadis la ville sont toujours visibles. Hauts de 12m, larges de 18m à la base et de 15 en haut, tours à chaque porte d’entrée, un beau travail. Sans destination précise, nous errons dans les rues animées aux alentours, se régalant de simplement regarder les maisons, boutiques et l’effervescence chinoise. Un foule se pressant autour d'un calligraphe attise notre curiosité. Rapides et agiles, ses doigts manient avec dexterité la plume, l’encre noire donnant vie a de beaux caractères. La calligraphie était traditionnellement considérée
comme la forme suprême de l'art plastique. Un mauvais calligraphe ne pouvait espérer réussir son examen de fonctionnaire. Les outils de base du calligraphe (papier, encre, pierres à encre et pinceau) sont les "quatre trésors des études du lettré"... Emma se laisse séduire et se dessine sous nos yeux le cadeau de Noël pour sa soeur :“Happy Spirit” fut son choix. J’approuve !
Vers 16h30, nous prenons le chemin retour de l‘hôtel pour nous y réchauffer, l’hiver est froid ici...
Ce soir, c'est dumpling party à l'auberge ! Nous ne sommes que 8 touristes, dont 4 chinoises. Nous benéficions donc d'un enseignement personnalisé. Le but du jeu ? Préparer nos propres dumpling que nous mangerons par la suite. La pâte, faite uniquement de farine et d'eau, et les farces, viande et légumes, ont été préparés bien avant notre arrivée. Notre mission consiste à étaler la pâte, mettre la farce et fermer le tout. Simple à dire, mais beaucoup moins à faire avec style ! Nous apprenons, concentrés sur notre tache, les différentes formes des bouchées, selon qu'elles sont destinées à être cuites à la vapeur ou dans l'eau bouillante (bien que ce soir, elles le seront toutes à l'eau) et selon la farce. Au total, 6 formes (plus si nous comptons nos ratés aux formes originales), dont 2 pour lesquelles j'excelle et une dont je resterai probablement incapable à vie, un réel handicap me direz-vous. C'est un travail long, très long et à mesure que la faim nous titille puis nous tenaille, nous bâclons le travail pour en finir au plus vite, les formes devenant de plus en plus stylisées ! Avantage, c'est rapide à cuire et nous nous régalons bientôt de ces bouchées savamment trempées dans la sauce soja du bout de nos baguettes. Une soirée très sympa. |