
En me levant ce matin, je me rejouissais de partir de La Paz pour le trek del Choro, réputé comme excellent, avec deux Australiens. Mais j'ai bien vite déchanté...
Excellente nuit, je boucle discrètement mon sac pour ne pas réveiller les Israéliennes et je file à l'agence Andino. Là, 1ère mauvaise nouvelle (pas la pire encore) : les Australiens ne viendrons pas, malades apparemment. Du coup, je me retrouve seule pour ce trek, pas de chance.
Un taxi me conduit avec mon guide à La Cumbre, point de départ du trek où je pense y rencontrer mon porteur. C'est à ce moment précis que mon univers s'écroule ! Pas de porteur, l'horreur va commencer. L'air de rien, mon guide me sort ma tente, mon matelas... et là je dis non ! Il est hors de question que je porte toutes mes affaires, je n'en suis pas capable ! Navré, mon guide me promet de m'aider à les porter et prend ma tente dans son sac à dos.
Me voici donc à La Cumbre, à 4700m d'altitude, seule avec mon guide, mon gros sac à dos sur mes frêles épaules, ma polaire et mon coupe-vent pour affronter un vent glacial, sans pouvoir admirer les montagnes autour : aucune visibilité, temps pourri. Ca fait beaucoup pour un seul homme (femme) ! Bref, ce trek commence de mauvaise augure...
Biensûr, cette rando commence par plus de 200m de dénivelé positif, hard avec le sac, pour heureusement finir pour 1660m de descente, mais également difficile avec le poid sur les épaules.
El camino del Choro est une ancienne voie pre-inca que les incas ont élargi et pavé pour continuer à l'utiliser comme voie marchande.
Cette journée de marche de 17km me mène de La Cumbre à Cha'llapampa via Apacheta Chucura (4860m), passant de paysages arides et rocailleux de l'altiplano/de la cordillera avec moutons et lamas, à des paysages beaucoup plus verts et une végétation plus abondante. On traverse plusieurs villages où la vie doit être vraiment très rude.
On arrive vers 16h au campement de Cha'llapampa où je fais la connaissance de 2 jeunes Slovènes, Tomaz et Mojca. Contente d'être arrivee et d'être avec du monde !
Jour 2 - Cha'llapampa à Casa Sandillani - 18km
Je me lève l'âme en peine, sachant qu'une horrible journée m'attend. La température a déjà beaucoup changé, plus chaude et plus humide. Démontage de la tente, répartition des affaires avec le guide qui prend ma tente et mon sac de couchage, et c'est parti mon kiki ! Malgré tout, mon sac est lourd. Les 2-3 premières heures sont ok, mais je commence bien vite à avoir les épaules en vrac, le dos en compote et les hanches sensibles. Je ne peux pas dire que je profite énormement du paysage, pourtant intéressant avec le Rio, quelques cascades et une végétation de plus en plus dense puisque nous atteignons la cloudforest. Mais je crois que je n'oublierai jamais à quel point cette journée fut dure, d'autant que le chemin dure pour une éternité. Partis à 8h, je n'en vois pas la fin, c'est décourageant, j'en ai marre et mes jambes n'en peuvent plus. C'est avec un soulagement incroyable que nous arrivons, tous les deux exténués, au campement de Sandillani vers 17h30, soit après 9h de marche intense (1h de repos pour déjeuner).
La Casa Sandillani (2000m) a été créée par un immigrant japonais Tamiji Hanamura dans les années 40. C'est aujourd'hui un tout vieux bonhomme qui marche courbé, collectionne les cartes postales du monde entier et a une culture incroyable. Les deux Slovènes sont littéralement scotchés : il connait tout de la capitale, des montagnes et des régions de Slovénie !
C'est le seul moment agréable du jour : le repas et la soirée avec mes petits jeunes qui satisfont avec plaisir ma curiosité sur leur pays, nouvel entrant en Europe et dont je ne connais absolument rien. J'en profite pour les "harceler" de questions sur la vie politique et sociale en Slovénie, les aspects touristiques et économiques, la culture et les plats typiques... C'est fou qu'il n'y ait rien de prévu en France pour nous faire connaître ces nouveaux pays européens.
Jour 3 - Casa Sandillani to Chairo - 8km, 800m de descente
Courte journée de marche, ce qui n'est pas pour me déplaire ! Aujourd'hui, nous marchons tous les 5 ensemble, nous formons un groupe soudé maintenant. La descente me paraît assez simple, passant alternativement dans de la végétation très dense de type tropical à des zones dégagées par l'homme pour la culture de bananiers ou parfois de coca. En fin de matinée, nous atteignons le village de Chairo, pont final de ce trek. Ouf, j'y ai survécu !
Déjeuner ensemble, puis une jeep nous conduit à Coroici, fameuse ville des Yungas qui est le point final de la "Route de la morte". Cette route La Paz-Coroico a en moyenne 2 accidents mortel/mois, signifiant en gros qu'un bus fini au fond du ravin un WE sur 2.
A Coroico, je recupère mes affaires en provenance de La Paz et j'offre un généreux pourboire à mon guide pour le remercier de son aide, car il est certainement aucunement responsable de ce qui est arrivé. La faute au patron, il a surement voulu faire des économies puisqu'il n'y avait plus qu'une participante. Le saligo ! Quoi qu'il en soit, je ne sais pas si c'est le montant élevé ou la surprise d'avoir un pourboire alors que je n'ai pas apprecié le trek, mais j'ai clairement fait un heureux. Il me sert dans ses bras, me remercie plus que chaleureusement et je vois à son sourire et ses yeux qu'il est très heureux de cette somme bénie qui lui arrive et avec laquelle il pourra vivre une semaine. Sentiment étrange, car rapporté au coût de la vie parisienne, je lui ai offert l'équivalence d'une pinte de bière dans un bar sympa, rien de plus. Quel décalage.
A Coroico, je m'offre le luxe d'un hotel avec piscine (meme prix que d'hab, j'allais pas me priver !), avec un programme tres simple pour l'apres-midi : farniente, repos, baignade et discussion au soleil au bord de l'eau. Rien d'autre.
Le soir, repas tranquille avec Tomaz et Mojca, en compagnie de Shrek, dessidement un film d'animation genial. En discutant avec eux, je decide de changer completement de "feuille de route" pour mon itineraire en Bolivie. Je voulais absolument etre a Potosi pour un grande fete folklorique mais ils me parlent avec enthousiasme de Rurrenabaque, une ville pres de la jungle et de la pampa. Je chamboule dans le programme et je vais me rendre la-bas des demain. Cela devrait me faire connaitre un visage tres different de la Bolivie "classique".
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