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Bolivie - cordillera de los frailes


de Aurélia, 03-09-2005

La Cordillera de los Frailes, une belle méconnue


6h, je rejoins Olivier et Florence à leur hôtel pour y déposer mon sac et retrouver nos guides Lucho et son fils Carlos, étudiant à la fac de droit qui s'octroi sans remord le droit de sécher ses cours pour une ballade en montagne avec nous.
Se rendre au point de départ du trek en bus relève de l'expédition. Avant même d'être à l'intérieur du bus, depuis la 1ère marche, l'odeur âcre de vieille sueur rance me chatouille les narines. Impossible de tenter l'apnée, l'odeur sera de toute façon encore plus forte à l'intérieur. Ce bus ne sert qu'à desservir des villages perdus dans la Cordillera autour de Sucre et les campesinos ne prennent jamais de douche, leurs vêtements sont lavés avec une certaine irrégularité et une fréquence qui laisse à désirer, et surtout leurs couvertures servent à transporter de tout : bébé, patates, chevreau... pas étonnant que l'air soit chargé d'odeurs nauséabondes pour mon petit nez sensible !
Le bus est bondé comme il se doit, mais Lucho me dégotte une place assise, ou plutôt un bout de siège : nous partageons à 3 une banquette tout juste bonne pour 2 maigrichons ! J'observe attentivement pendant ce trajet leur pied : tout craquelés avec une corne incroyablement épaisse et tout noirs. A force de marcher qu'avec des sandales, le corps a dû s'adapter pour lutter contre le froid et le soleil et a transformé ces pieds en véritable pneu Michelin. Autre caractéristique, la plupart des petites vieilles toutes rabougries aux dents édentées mâchent tranquillement leur coca tout le long du trajet.

Le trajet dure approximativement 2h, nous descendons peu après le village de Quila Quila, où Lucho négocie des ânes pour le transport de nos affaires jusqu'au campement du soir. Et ce n'est pas une mince affaire ! Discussion sur le nombre d'animaux (2 pour Lucho, 3 pour le proprio), sur le prix, et le plus long, sur la répartition du poids sur ces pauvres bêtes ! A force de faire, défaire et refaire les sacs, cette histoire d'ânes nous prend 2h mais en Bolivie, tout va lentement, les Boliviens ne sont pas des violents ni des acharnés du boulot.

Le sentier que nous empruntons nous dévoile de très beaux paysages avec une couleur de terre à forte dominante rouge, mais aussi des dégradés de couleurs créant un véritable arc-en-ciel terrestre.
Pause déjeuner à l'ombre du seul grand arbre du coin, puis en route avec tout autour de belles collines mordorées pour atteindre le village de Irupampa où nous passerons la nuit. Nous ne sommes pas accueillis de 1er abord très chaleureusement dans ce village fantôme : un campesino saoûl nous demande ce que nous faisons sur ses terres et tente de nous jeter des pierres. Vu son état, elles ne vont pas loin, mais le geste est déplaisant tout de même ! Heureusement que d'autres seront plus ouverts. Dans une cour ou sèchent de la peau et de la panse de boeuf, une vieille villageoise nous montre avec plaisir ses tissages et d'autres femmes feront de même. Elles seront déçues de ne rien vendre, mais la qualité et la beauté font malheureusement défaut à leur tissage. Je préfère me promener dans le village et profiter de la chaude (côté couleur seulement !) lumière du soleil couchant.
Soirée très brève, dîner à 19h et extinction des lumières à 20h ! Sic, un peu tôt tout de même, mais nous devons économiser l'énergie du village. Ici, tout le monde se couche et se lève en fonction de la lumière naturelle, autant dire que les nuits sont longues.

2e jour
Petit déjeuner, chargement des ânes puis nous nous mettons en marche en direction du village de Maragua. Le cratère de Maragua est d'un rouge violacé et ses versants se fondent avec les arcs vert pâle gracieusement symétriques des serranias de Maragua. Nous traversons des villages qui paraissent déserts, seule une petite vieille fripée pointe le bout de son nez ici et là. C'est la saison sèche, pas de travail dans les champs, donc les hommes sont tous partis à la ville dans l'espoir de trouver un travail d'ouvrier en attendant la pluie et le retour des travaux dans les champs.

Un peu plus loin, Lucho et les ânes suivent la route, alors que nous poursuivons la rando avec Carlos par un chemin plus sympa, qui nous fait traverser plusieurs rio, principalement à pied (sans pont), car en fin de saison sèche, le niveau de l'eau est terriblement bas.
A midi, sandwich au bord de l'eau et concours de lancer de galets/nombre de rebonds. De vrais gamins.
Apres cette halte, nous reprenons la route pour atteindre le village de Chaunaca, lui non plus pas très animé, sauf au cimetière où tout le monde est réuni en cercle pour boire en l'honneur du défunt pendant des heures. Tous ne repartiront pas en ligne droite !
Le soir, dîner chez l'habitant, dans la pièce qui leur sert à la fois de chambre à coucher, de réserve alimentaire et de débarras : un souk incroyable. A côté de cette maison, la hallier d'Hallainville était super rangé, c'est tout dire !

Jour 3
Quelle nuit épouvantable ! Vers minuit, Xavier pousse des hurlements de terreur et nous réveille tous avec effroi. Il fait nuit noire, je suis glacée jusqu'au sang, terrorisée par ces cris, je n'ai jamais rien entendu de pareil. Heureusement que Lucho allume vite, nous sommes tous hagards, nos coeurs battent la chamade à 100 à l'heure. Je ne sais pas se qu'il s'est passé avec Xavier, apparemment une crampe douloureuse mêlée à un horrible cauchemar. Bref, rien de grave, mais nous sommes tous victimes de ces hurlements inhumains et lui seul réussi à se rendormir ! Lucho éteindra la lumière mais pour 2 minutes seulement, nous sommes trop sous le choc pour supporter d'être ainsi dans le noir total, il rallume bien vite, à mon grand soulagement. Pas d'économie d'énergie qui tienne cette fois ! Tous les 4, nous allons mettre près de 2h à nous calmer et nous rendormir, dingue.

Au réveil, nous ne sommes pas très frais, cela tombe bien c'est aujourd'hui que nous avons la montée la plus raide ! De Chaunaucan, nous empruntons une ancienne voie inca qui reliait Potosí à Sucre pour transporter des messages par coursier (La Poste, quoi) et surtout pour le transfert des convois d'argent extraits des mines de Potosí. Ces 700m de dénivelé nous offrent une vue superbe sur la cratère de Maragua, facilement reconnaissable à sa terre rouge au centre et ses arcs verts autour et d'en haut nous découvrons des paysages totalement différents, plus proches de ceux que nous pouvons voir en France : très vert, avec des forêts de pins (Les Vosges en fait) et d'eucalyptus. Nous longeons ensuite l'ancien canal qui approvisionnait auparavant Sucre en eau potable pendant 2h30. Lucho, qui nous avait quitté ce matin, nous attend avec sa vieille voiture style deu-deuche. Aussi sur la banquette arrière, j'ai l'impression d'être sur les amortisseurs !

Ce trek dans la Cordillera de los Frailes fut vraiment très joli. Certes, cette Cordillera n'est pas aussi impressionnante que ces grandes soeurs aux sommets enneigés et aux glaciers. Mais elle se laisse aborder facilement, elle charme par ses couleurs chatoyantes, elle séduit par sa douceur et elle offre à ses rares visiteurs de très beaux panoramas et de surprenants paysages, tel que le cratère de Maragua.


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